dimanche 19 mars 2017

Lecture: Les mots entre mes mains


Presque 2 mois que j'ai délaissé mon blog. Deux mois sans écrire, pas le temps, pas le coeur, trop de choses à gérer par ailleurs, et beaucoup de lectures "faciles", beaucoup de romans policiers (Franck Thilliez et son univers si étrange et si sombre en particulier, ou Jean-Christophe Grangé, même si je ne suis pas sure que ça ait eu un effet positif sur mon moral..), et aussi quelques déceptions qui ne m'ont même pas donné envie de vous en parler.....

Et puis il y a eu ce roman, découvert à la bibliothèque, que j'ai eu envie de vous faire connaître.

Résumé: Helena Jans van der Strom n'est pas une servante comme les autres. Quand elle arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son indépendance et sa soif de savoir trouveront des échos dans le coeur et l'esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d'ombres et de lumières, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Quel peut être leur avenir?

Ce roman m'a fait penser à "La jeune fille à la Perle", dans la Hollande du XVIIe, la rencontre d'une jeune servante avec un génie de l'époque. Mais dans le cas de ce premier roman, Guinevere Glasfurd se base sur une relation réelle entre le célèbre philosophe français et une jeune hollandaise, qui se son rencontrés avant la publication du "Dicours de la Méthode".

Helena est un femme extraordinaire: elle sait lire et écrire, extrêmement rare pour les femmes à cette époque. Elle a appris seule, alors que son frère bénéficiant du droit d'aller à l'école avait refusé de lui faire partager ses apprentissages :"Le jour où Thomas a refusé de me montré celle qu'on lui avait apprises à l'école, je l'avais supplié, je m'étais pendue à son bras, à sa jambe, et pour finir au pan de sa chemise jusqu'à ce qu'il se déchire; il m'avait menacée, le poing serré. Cela ne m'avait pas découragée. Le soir, j'avais dessiné un "H" sur ma main dans le noir." Et cette volonté de progresser, d'apprendre ne la quittera jamais: d'abord chez Mr Sergeant, où elle va apprendre à utiliser seule une plume, puis avec Descartes, aux côtés duquel elle va découvrir les mathématiques, les sciences, au travers de leurs échanges.
Ce savoir, elle veut aussi le faire partager: elle va enseigner à une de ses amies à lire et à écrire, et se fixe comme objectif que sa fille soit instruite, quitte à devoir la laisser partir loin d'elle.

Cette envie d'apprendre va la conduire malgré elle à l'amour, sa relation avec Descartes évolue et d'apprentissage devient intime. Mais sa vie bascule alors, elle tombe enceinte, mais Descartes ne peut assumer publiquement leur histoire. Il tient cependant à ce qu'elle garde l'enfant, lui trouve un lieu où vivre sa grossesse, lui assure la subsistance. Mais il n'est pas là pour elle, et c'est elle qui devra affronter seule le regard des autres qui la jugent, dans une époque où les filles-mères étaient considérées comme des filles perdues. Même quand ils vivront ensembles, rien ne sera clairement affiché, pour ne pas nuire à la réputation de Descartes....

Si Helena est un personnage très attachant, je suis plus mitigée quant à Descartes: on aurait pu attendre d'un philosophe remettant en question le monde qu'il bouscule les convenances et affiche sa relation, mais il est partagé, et tout en refusant de se séparer d'Helena et de leur fille, il la cache, pour se protéger. Par contre j'ai aimé l'éclairage que donne le roman à ce grand homme: on le découvre dans son quotidien, les questions qu'il se pose, ses recherches, ses dissections, profondément humain.

Autour de ces deux personnages clés gravitent de nombreux autres protagonistes, parfaits représentants de leur époque, qui illustrent les conventions sociales, la place qui est attribuée à la femme dans la société, les préjugés.... Entre Limousin, le valet de Descartes, qui rejette Helena et tente de pousser son maître à le faire, la mère d'Helena qui rejette sa fille, allant jusqu'à fuir sa maison tant que sa fille y est, ou son frère déserteur qui la juge, rien n'est épargné à Helena qui va devoir se battre contre tous pour offrir à sa fille une vie heureuse.

J'ai été emportée par ce roman, plongée dans l'Amsterdam du XVIIe, comme dans un tableau de Vermeer dont j'ai retrouvé les ambiances dans les descriptions des intérieurs, le bureau de Mr Sergeant et sa chambre, les cartes chez les Veldman....

Ce premier roman est une belle découverte!

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Ce roman me permet une nouvelle participation à "A year in England"!

samedi 21 janvier 2017

Lecture: rattrapage de ma rentrée littéraire

La fin de l'année 2016 a été très compliquée pour moi, je n'ai pas eu ni le temps ni le courage de chroniquer les livres lus fin novembre, et je ne vous parle pas des billets dans mes brouillons qui attendent que je les écrive....

Je vais donc rattraper un peu le temps perdu avec 3 chroniques en une, je m'en excuse, d'autant que ma mémoire flanche un peu sur ces lectures découvertes juste avant l'accident de mon père qui a bouleversé notre mois de décembre.

La jeune fille et la guerre (Sara Novic)
Résumé: Ana mène une existence heureuse à Zagreb avec ses parents, sa petite sœur Rahela et son meilleur ami Luka lorsque la guerre avec les Serbes éclate. Bientôt, ce sont les premiers raids aériens, la peur au quotidien, l’afflux des réfugiés. Mais le pire reste à venir : au cours d’une expédition en Bosnie pour tenter de faire soigner Rahela, Ana et ses parents tombent dans une embuscade. Seule survivante, Ana va apprendre le maniement des armes dans un village rebelle avant de quitter le pays et de trouver refuge aux États-Unis.
En Amérique, Ana tente de reconstruire sa vie et de tirer un trait sur le passé. Mais devenue jeune femme, et alors que la guerre fait de nouveau irruption dans son pays d’adoption avec le 11-Septembre, elle découvre qu’il faut parfois se confronter à ses démons pour reprendre le cours de son existence.

Ce livre m'a interpelé parce que ma belle-soeur est croate, d'un père serbe et d'une mère croate, et que cette guerre elle l'a vécu, et de ce que j'ai compris (c'est difficile de poser des questions de but en blanc sur une partie sombre de son histoire), ils ont dû fuir en Italie, la guerre a divisé leur famille....
L'héroïne de ce roman est une petite fille comme elle, quasiment du même âge, qui mène une vie heureuse entre sa famille et ses amis dans Zagreb ravagée par la guerre. Mais la maladie de sa soeur les contraint à sortir du pays pour l'emmener se faire soigner, et la vie d'Ana bascule. Ses parents meurent à côté d'elle, tout en tentant de la protéger, elle se retrouve seule et va devenir un enfant soldat, prenant les armes pour défendre le village qui l'a recueillie.
Adoptée avec sa soeur aux Etats-Unis, Ana enfouit son histoire, la dissimulant même à son petit ami, jusqu'à ce que son témoignage au Nations Unies la pousse à retourner en Croatie sur les traces de son passé.
Pour son premier roman, Sara Novic nous offre une histoire émouvante, mais aussi un rappel que les enfants soldats n'existent pas qu'à l'autre bout du monde, qu'à notre porte il n'y a pas si longtemps des enfants comme nous ont vu leur pays basculer dans l'horreur, et qu'ils ont dû affronter ce qu'on ne souhaite à aucun enfant dans le monde! Une belle découverte!



Des hommes de peu de foi (Nickolas Butler)
Résumé: Nelson a 13 ans en 1962 et passe l'été avec son père dans le Wisconsin, dans un camp scout dont il est le clairon. Cette histoire raconte le tournant qu'a été pour lui cet été-là et le suit dans différentes étapes de sa vie, notamment en 1996 et en 2019, et évoque les difficultés de l'âge adulte, d'être un bon père, un bon mari, un patriote...

Après "Retour à Little Wing", j'étais impatiente de découvrir le nouveau roman de Nickolas Butler, d'autant qu'Eva en a fait une critique qui m'a donné envie de le lire. Je dois avouer que je suis mitigée sur cette lecture. Je n'ai pas réussi à accrocher avec les personnages, et camp scout à l'américaine ne me parle pas, je ne me suis pas sentie emportée. Pourtant l'idée de ces trois générations avec leurs valeurs, leurs faiblesses est intéressante, mais je n'ai pas accroché. Je vous encourage à aller lire le billet d'Eva qui est bien plus argumenté que le mien, et donne une opinion plus positive de ce roman à côté duquel je suis passée.


The girls (Emma Cline)
Résumé: Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle dune secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s y faire accepter. Tandis qu elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas quelle s'approche inéluctablement dune violence impensable. Dense et rythmé, le premier roman d Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent.

Encore une lecture sur les recommandations d'Eva, pour qui ce roman a été un coup de coeur. Si ce n'est pas le cas pour moi, cette lecture a été une très belle découverte. Evie adulte revient sur ce qu'elle a vécu adolescente. Parents séparés, perte de repère, Evie est attirée par un groupe de jeunes filles qui vivent sans contraintes, dans une communauté dirigée par un "gourou". Mais plus que Russel, ce gourou, c'est Suzanne qui attire Evie. Celle-ci s'intègre progressivement dans le groupe tout en conservant un semblant d'existence normale en continuant de vivre chez sa mère. J'ai beaucoup aimé l'ambiguité des sentiments et relations de Suzanne et Evie, mélange d'amour, de jalousie. On peut se demander si l'exclusion d'Evie des évènements dramatiques qui scellèrent le destin de Suzanne sont dus à de la jalousie, un besoin de contrôle ou un besoin de protection de la part de Suzanne vis-à-vis d'Evie. Dans ce roman on voit comment une jeune fille perdue peut être embarquée par une secte: Evie n'a plus de repères, elle est animée par un esprit de rébellion qui la conduit à suivre une voie dangereuse, à laquelle elle n'échappera que par hasard et par chance, et qui la poursuivra toute sa vie.
Là encore, une jolie découverte de la rentrée littéraire!

lundi 9 janvier 2017

2017!


Après une longue absence forcée par des problèmes familiaux, c'est avec plaisir et une sérénité retrouvée que je retrouve mon clavier et le chemin de ces pages.

Je vous souhaite une très belle année 2017, pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers. Qu'elle soit remplie d'amour, d'amitié, de famille, de solidarité et de partage, de bonheur, de santé, et de tout ce que vous souhaitez!


mercredi 23 novembre 2016

Lecture: L'administrateur provisoire

J'avais énormément aimé "La maladroite", j'étais donc très tentée par le nouveau roman d'Alexandre Seurat.

Résumé: Découvrant au début du récit que la mort de son jeune frère résonne avec un secret de famille, le narrateur interroge ses proches, puis, devant leur silence, mène sa recherche dans les Archives nationales. Il découvre alors que son arrière-grand-père a participé à la confiscation des biens juifs durant l’Occupation. Le récit tente d'éclairer des aspects historiques souvent négligés jusqu'à récemment, celle de l’aryanisation économique de la France de Vichy, crime longtemps refoulé par la mémoire collective. Une enquête à la fois familiale et historique bouleversante, s’appuyant sur des faits réels.

Ce roman est loin du sujet poignant du précédent, mais il traite lui aussi d'un sujet difficile, celui de la collaboration pendant la Seconde Guerre Mondiale. Mais la collaboration abordée ici n'est pas celle que tout le monde connaît, celle de la délation, mais une collaboration "officielle", que pour ma part je ne connaissais pas, l'aryanisation économique: les entreprises juives sont repérées, un administrateur provisoire est chargé de les gérer et de trouver un repreneur à qui il revend l'affaire.

Le narrateur apprend après la mort de son frère le rôle tenu par son arrière-grand-père pendant la guerre. Toute la famille est au courant, mais on n'en parle pas (ce qui est d'ailleurs compréhensible car ce n'est pas le genre de choses dont on se vante), mais surtout l'affaire a été minimisée, des excuses ont été trouvées.
Le narrateur va alors mener sa propre enquête, en interrogeant la famille d'abord, et en creusant les archives. Et la vérité est bien plus rude que la version familiale édulcorée qui fait de cet arrière-grand-père une victime du système qui a dû accepter de mener cette tâche odieuse pour faire libérer son fils prisonnier des Allemands: cet homme a exercé bien au-delà de la libération de son fils, et avec zèle, rouage de cet engrenage qui a conduit à la déportation des familles juives.
D'un côté on a un homme rigide, inventeur raté qui n'a pas réussi à faire aboutir son projet, et de l'autre des familles qui ont construit et fait prospérer leur entreprise, et cet homme rigide, zélé, va, comme une revanche du destin, détruire toute leur vie.

En menant cette enquête, le narrateur met à jour un pan de l'histoire familiale, qui explique le rapport de sa famille avec le judaïsme et les liens entre les différents membres, mais aussi un pan de l'Histoire, au travers des histoires de ces familles spoliées, basées sur des faits réels.

En filigrane de l'enquête, on a les rêves du narrateur, et les allusions à son frère, ses troubles et son décès, sans qu'on sache jamais vraiment ce qui s'est réellement passé. Ces éléments un peu "flous" renforcent l'impression du trouble ressenti par le narrateur perturbé à la fois par la mort de son frère et par ce qu'il met à jour.

Alexandre Seurat traite encore une fois avec finesse un sujet difficile, se basant sur des faits réels, nous offrant un roman très réaliste et très intéressant, une très belle découverte de la rentrée littéraire!

samedi 19 novembre 2016

Lecture: Police


Ma découverte de la rentrée littéraire continue! Ce roman au prime abord ne m'avait pas tenté, mais Miss Léo et Eva m'ont donné envie de le lire, et je les en remercie!!!

Résumé: Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. 
Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer. 
En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?


Ce roman qui se lit d'une traite nous embarque dans une voiture de police que rien ne distingue de celles qu'on peut croiser, si ce n'est la mission particulière confiée ce jour-là à ses occupants: raccompagner à l'aéroport un homme qui doit être renvoyé chez lui. Loin d'être aussi simple que cette femme et ces hommes le pensaient, cette tâche va les pousser à revoir le bien-fondé de ce qui leur est demandé, à choisir entre devoir et conscience, entre ce qu'ils risquent et ce que leur passager risque.

Ce roman nous rappelle que derrière leurs uniformes, les policiers sont des femmes et des hommes "ordinaires", avec leur vie privée, leurs problèmes personnels, leur conscience et leurs interrogations. Que ces missions qu'ils accomplissent tous les jours, parfois au péril de leur vie, pour aider et protéger leurs concitoyens, envahissent leur vie, allant jusqu'à conditionner leur comportement même hors du travail, les faisant vivre perpétuellement, ainsi que leurs familles, dans la crainte de ne pas rentrer le soir. Hugo Boris nous ramène loin des images véhiculées par la télé, au coeur d'une voiture de patrouille, avec trois agents profondément humains.

Ces trois personnes appelées pour une mission hors de leur cadre habituel, se retrouvent face à un dilemme: l'homme qu'ils doivent ramener à l'aéroport semble promis à une mort certaine si il reprend l'avion, mais leurs ordres sont clairs, et ils doivent obéir aux ordres, quoi qu'ils en pensent. Mais ce soir là, Virginie est perturbée, de même qu'Aristide: leur histoire personnelle vient bouleverser leurs comportements. Virginie laisse les paroles d'une assistante sociale interférer avec les ordres qu'elle a reçus, la poussant à ouvrir une enveloppe, premier pas vers une rébellion envers ce qui lui est demandé. S'enchaîne alors une série de réactions d'abord chez elle, puis chez Aristide, qui mêle leur passif personnel influencer ses actes, le poussant d'abord à contrer les décisions de Virginie, avant de se rallier à sa cause. Erik, quant à lui, ignorant le secret qui lie ses deux collègues, mais comprenant ce qu'ils s'apprêtent à faire, entame une véritable réflexion personnelle sur ce qu'il convient de faire.
Ce qui les conduit à agir ensemble pour laisser partir leur prisonnier est différent pour chacun, mais au final tous les trois sont prêts à franchir cette ligne qui sépare le devoir et la conscience.
Hugo Boris soulève là le dilemme de ces hommes et ces femmes confrontés tous les jours à la misère du monde: comment concilier sa conscience et les ordres reçus, comment réagir quand on n'est pas d'accord.

Seul petit bémol, la scène dans l'aéroport qui ne m'a pas paru très réaliste, mais à part ce petit point, le reste du roman m'a énormément plus, les personnages sont attachants, et nous rappellent que les policiers sont comme nous, avec des doutes, des émotions, loin des clichés et stéréotypes.

Une très belle découverte en cette rentrée littéraire!

dimanche 13 novembre 2016

Lecture: Continuer


J'avais beaucoup aimé "Dans la foule", du même auteur, et ce nouvel opus faisant partie de la moisson de ma bibliothèque pour la rentrée littéraire, j'ai sauté sur l'occasion!

Résumé: Sybille, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Craignant d'avoir tout raté, elle décide d'empêcher son fils Samuel de réaliser les mêmes erreurs. Elle organise alors un voyage de plusieurs mois avec lui à cheval, dans les montagnes du Kirghizistan.

Sybille voit sa vie sombrer sans réagir, s'enfonçant dans l'alcool et les cigarettes, se renfermant sur elle-même, jusqu'à ce que le comportement de son fils, complètement à la dérive depuis le divorce de ses parents qui le laissent livré à lui-même, la force à regarder la réalité en face, et à tenter de sauver ce qui peut encore l'être. Bravant l'avis de son ex-mari qui veut envoyer leur fils en pension, elle décide de l'emmener au Kirghizistan pour le ramener dans le droit chemin, lui inculquer les valeurs auxquelles elle croit, et le sortir de la spirale descendante dans laquelle il est pris.

Les personnages sont un peu caricaturaux, le fils qui refuse de parler à sa mère et la juge à travers les yeux de son père, la mère en robe de chambre dans sa cuisine, le père enfermé dans sa suffisance, mais au fil du roman la relation mère-fils évolue, un nouvel équilibre se créant au travers de leurs tâches quotidiennes, de leur vie avec les chevaux, des rencontres qu'ils font. Samuel doit accepter que sa mère est une femme, pas seulement une mère ratée, Sybille tente d'inculquer à son fils ouverture d'esprit et tolérance....

Au fil de ce périple, Sybille se replonge dans son passé, et on découvre ce qui a conduit cette femme brillante à devenir ce qu'elle est, ce qui a aussi probablement conditionné la vision de son fils sur le monde et sur les autres, et si le but de ce voyage est initialement de ramener Samuel dans le bon chemin, il va aussi permettre à Sybille de faire le point sur ce qui lui est arrivé.

Les descriptions du pays et du peuple nomade qui accueillent Sybille et son fils sont magnifiques, et donnent envie de les découvrir. La générosité de ces gens qui n'ont rien est un exemple, rappelant que les valeurs ne sont pas réservées à nos populations occidentales et civilisées!

Si certains passages sur le racisme et l'intolérance par exemple n'apportent que peu à l'histoire, et malgré la fin un peu trop facile (sans vouloir spoiler), ce roman est une belle découverte de la rentrée!

samedi 5 novembre 2016

Lecture: Ada

J'avais beaucoup aimé la trilogie "Les falsificateurs/Les éclaireurs/Les producteurs", je n'ai donc pas hésité une seconde à découvrir ce nouveau roman d'Antoine Bello, d'autant plus que ma Galéa préférée l'avait beaucoup aimé.

Résumé: Frank Logan, policier dans la Silicon Valley, est chargé d'une affaire un peu particulière : une intelligence artificielle révolutionnaire, a disparu de la salle hermétique où elle était enfermée. Baptisé Ada, ce programme informatique a été conçu par la société Turing Corp. pour écrire des romans à l'eau de rose. Ada parle, blague, détecte les émotions, donne son avis et se pique de décrocher un jour le Prix Pulitzer. On ne l'arrête pas avec des contrôles de police et des appels à témoin. En proie aux pressions de sa supérieure et des actionnaires de Turing, Frank mène l'enquête à son rythme. Ce qu'il découvre sur les pouvoirs et les dangers de la technologie l'ébranle, au point qu'il se demande s'il est vraiment souhaitable de retrouver Ada…

Le roman commence comme un roman policier, mais on comprend vite que le sujet n'est pas là. Ce livre nous parle du développement des Intelligences artificielles, les AI, et de la place qu'elles peuvent prendre dans notre société.
A travers cette enquête hors norme, on s'interroge sur ces intelligences artificielles, capables de converser, de penser, d'écrire, et comme Frank, on peut se demander si il est possible de les considérer comme conscientes.

Je ne suis pas assez avancée en terme de technologie pour savoir si le développement de ce type de programmation en est à ce niveau ou non, mais comme dans sa trilogie, Bello nous confronte à un possible particulièrement réel: dans sa trilogie, il nous présentait comme réaliste le fait que les grands évènements de notre monde ne soient en réalité que des manipulations ayant pour but d'emmener l'humanité dans telle ou telle direction. Ici, il nous montre ce que pourrait être notre monde si la technologie est dénuée d'éthique et de morale. Les AI suffisamment développées pourraient prendre le contrôle des mots, que ce soit pour rédiger des articles, des blogs (promis, je ne suis pas juste un algorithme), des discours poliques, ou même des romans, et à terme remplacer une bonne partie des employés à moindre coût.
On aborde là le dilemme entre la rentabilité et l'humain, de plus en plus présent dans notre société où on valorise le profit au détriment des femmes et des hommes.

Le livre nous parle aussi du processus de création littéraire, parfois beaucoup plus codifié qu'on ne le pense, au point qu'il semblerait possible à un ordinateur de remplacer un auteur. Cela paraît peu réaliste, mais les arguments avancés par Ada sont convaincants, d'après elle tout genre littéraire est régi par des règles implicites qui le conditionnent, et qui le rendent finalement "simple" à imiter.

Je me suis laissée prendre à ce roman, même si j'ai parfois été gênée par la familiarité du langage, qui fait en réalité partie de l'histoire, mais on ne le comprend qu'à la fin. Et encore une fois, Bello nous perd entre réalité et fiction, on ne sait plus ce qui relève du roman (même si je ne peux en dire plus dans spoiler l'histoire).

Encore une fois, j'ai été emportée, et j'ai beaucoup aimé ce livre, à la fois par sa dimension romanesque, et parce qu'il fait réfléchir à ce qui pourrait être notre avenir - ou qui est peut-être déjà notre présent, qui sait....